JOURNAL.SN

Actualités du Sénégal

Où va la Guinée Conakry ? (Par Amadou Diop et El hadji Thiam)

crise-guinée-conakry-modification-contitution-alpha-condé-3ème-mandat

Au regard de la logique politique actuelle, il est forcé de chercher à comprendre le long processus qui a amené ce pays de l’Afrique, la Guinée Conakry, dans un gouffre insaisissable. La Guinée Conakry est un pays à multiples paradoxes. Son destin historique tragique nous pousse à analyser son évolution démocratique de manière perplexe. La Guinée est avant tout une vitrine de la contestation légitime, un laboratoire d’engagement au service d’une certaine autonomisation de de l’Afrique, mais aussi l’emblème de la dictature politique grandissante en Afrique. Une occasion pour nous de mettre l’accent sur son histoire politique marquée par des secousses de tous ordres, selon les régimes successifs en place. De la période des indépendances jusqu’à aujourd’hui, le guinéen vit entre plusieurs feux. Son destin est presque lié à la malédiction des hommes politiques dénoués de scrupule; la démocratie devient aussitôt un leurre pour ses autres compatriotes investis dans le chemin de la politique.

            Après la période des indépendances, l’espoir insufflé par le régime contesté du président Sékou Touré (la France) vire vite au cauchemar politique, avec des mécanismes de répressions irritables à bien des égards. Celui que beaucoup considèrent comme  » le héros de la nation » contraste désormais avec la figure du chef dictateur, le potentat absolu en raison de ses humeurs négationnistes. Cet état de fait nous plonge en même temps dans le modernisme politique, oscillant entre progrès et pessimisme à propos de la vocation démocratique.

             La Guinée n’échappe pas en effet à ce sursaut démocratique exemplaire ouvert dans le continent. L’ouverture démocratique telle que proposée par le peuple en 2010, avec notamment l’accession au pouvoir du » Mandela de la Guinée  » sonne comme une aubaine à prendre avec intérêt à partir de ce moment. Car cette dynamique politique est non seulement productive en termes d’alternance politique, mais elle a concrètement permis d’acter l’instauration de la démocratie en Guinée. Alpha Condé, l’actuel président, apparaît en bon droit comme la figure antithétique du père de la nation, celui qui aura donné une ère de liberté politique et démocratique à la Guinée dont il est l’opposant historique.  Cependant, la difficulté à préserver certains acquis démocratiques, comme le respect des lettres de la Charte fondamentale, pose question.  Malgré ce vent d’espoir constaté en 2010, la Guinée, à travers sa classe politique divisée, peine à se faire un chemin tranquille. De ce point de vue, le tripatouillage de la Constitution nous fait penser à un spectre politique qui a longtemps caractérisé le long et complexe processus politique en Guinée, plus largement en Afrique.  Pour donner du crédit aux faits politiques, on a jugé nécessaire de revenir en détail sur les phases sombres de la gouvernance politique opérée dans ce pays, le premier en Afrique à arracher son indépendance en 1958. Aujourd’hui, il est clair que la Guinée vit la même situation politique que du temps de Lansana Conté ou d’Ahmed Sékou Touré. Si ce ne sont pas des politiques de répression dure dirigées contre le peuple, c’est davantage une léthargie institutionnelle sans fin. Par ailleurs, l’homme politique ne cesse de confondre le peuple divisé sur un substrat ethnique, dans une logique absurde de prise de pouvoir ou de perpétuation des mécanismes de domination politique. Autant de personnages politiques mitigés, aux destins singuliers, qui, par la force des choses ont administré la preuve de leur incompétence en matière de gouvernance démocratique. Des chefs de gangue  qui ignorent les modes de gouvernance politique adaptés à un monde voué au progrès démocratique et au respect des libertés individuelles et collectives, et n’hésitant pas  à user de subterfuges compromettants pour leur propre survie politique. 

     –      La Guinée est un pays de l’Afrique de l’ouest, très riche  en ressources naturelles mais  pauvre en termes de développement humain. Elle est le premier pays subsaharien à accéder à l’indépendance politique.  A l’instar de plusieurs pays minés par des régimes dictatoriaux, la mal gouvernance, des coups d’Etat, l’injustice sociale et des conflits émanant du pouvoir, la Guinée n’a pas été en reste.  Plusieurs  recherches académiques montrent que la plupart des conflits  en Guinée proviennent du pouvoir. Sur ce, la plupart des chercheurs axent leurs réflexions sur les questions relatives à la démocratie.

              En 1958, la France propose un référendum aux anciennes colonies Françaises sur le choix de l’adhésion dans la Communauté Française ou l’obtention de l’indépendance. Cependant, pour de  nombreux analystes, ce projet de referendum n’est qu’une autre forme de colonisation. En effet, la Guinée est la seule colonie à avoir voté ‘Non’ avec plus de 95%. Elle arrive à l’indépendance le 2 octobre 1958, qui est une date historique. Or,  le Général De Gaulle  très frustré de la décision de la Guinée d’obtenir son indépendance la met en garde d’assumer ses responsabilités. Conséquence immédiate : les liens diplomatiques entre la France et l’ancienne colonie se détériorent, et la France en profite pour arrêter son assistance budgétaire dans les projets en  Guinée. Deux ans plus tard, ce dernier sort de la Zone franc. Le régime révolutionnaire d’Ahmed Sékou Toure reste au  pouvoir jusqu’à sa mort en 1984.

              La Guinée reste par ailleurs un pays riche en ressources naturelles. Elle est le deuxième exportateur mondial de la bauxite, mais elle reste un pays fragile où la pauvreté et le chômage constituent les préoccupations majeures. Par conséquent, pour nous,  il est d’une importance capitale de se poser un certain nombre de questions pour savoir pourquoi la Guinée peine à décoller: qu’est ce qui explique que la Guinée est toujours à la bourre ? Pourquoi est-elle un Etat fragile ?  Quel est le climat au sein de la classe politique ? La justice est-elle équitable ? Y a-t-il la liberté d’expression en Guinée ?  Les élections en Guinée sont-elles libres and transparentes ? En quoi l’ethnocentrisme  peut-il engendrer une instabilité au sein de la classe politique ? Quel est le système politique que la Guinée doit adopter ?  Voilà un ensemble de questions qui vont orienter notre recherche sur la situation de la Guinée.

Focus sur lhistoire

            En 1958, lors du référendum proposé par la France, Ahmed Sékou Touré a tenu ces mots à l’endroit de General De Gaulle : « Nous ne renoncerons pas et nous ne renoncerons jamais au droit légitime et naturel  à l’indépendance ». Et à cela, il ajoute encore : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage ».  Très en colère De Gaulle répond à ces mots : « La Guinée n’est pas indispensable à la France. Quelle prenne ses responsabilités. (….) nous n’avons plus rien à faire ici. Le 29  Septembre, la France s’en ira ». 

               La Guinée accède à l’indépendance le 2 Octobre 1958. Cette année marque une date historique pour la Guinée. Le projet de referendum proposé par le General De Gaulle aux anciennes colonies Françaises leur  permet de se prononcer  sur leur adhésion à la communauté Française ou l’obtention immédiate de leur indépendance. Seule la Guinée dit Non avec 95, 42 %. Sur ce, toutes les anciennes colonies qui ont voté en grande majorité ‘OUI’ ont rejoint la Communauté Française. Cela est perçu comme une autre forme de contrôler ces colonies puisque la France a bien compris que l’indépendance est inévitable.  Sékou Touré, étant le leader principal de la Guinée, a joué un rôle fondamental pour l’indépendance immédiate de son pays. 

            Dans le même d’ordre d’idées, la Guinée prend sa destinée de devenir souverain avec son leader, Ahmed Sékou Touré. La France rompt les liens diplomatiques avec la Guinée et  retire son assistance budgétaire dans les projets en Guinée. Elle tourne vers d’autres pays pour nouer des liens diplomatiques. Ahmed Sékou Touré instaure un régime autoritaire. Pour certains, il est perçu comme le Héros en raison du rôle qu’il a joué pour l’indépendance de son pays. Et pour d’autres, il apparaît  comme étant »  le père de la nation » tout en le reprochant d’avoir instauré la dictature et d’avoir violé les libertés individuelles et publiques en Guinée.

           En réalité, il détient tout le pouvoir et prive les guinéens de leur liberté. Il reste un leader sans un concurrent potentiel au sein de la classe politique Guinéenne car il trouve toujours des mécanismes pour empêcher aux autres  membres de s’exprimer librement. Son régime est ainsi marqué par la dictature, des arrestations arbitraires, des pendaisons publiques  et  des exécutions parmi tant d’autres actes de torture. En guise d’illustration, on peut citer le mythique Camp Boiro, qui est le théâtre de pratique de tortures, de violations humaines et de fusillades. Les guinéens ont connu la brutalité sous le régime de Sékou Touré.  Des arrestations arbitraires et des actes de tortures infligés  aux hauts fonctionnaires de l’administration, aux journalistes émérites, aux acteurs politiques de nature constituent une page sombre dans l’histoire de la Guinée. L’injustice, la discrimination et le manque d’égalité et de d’équité résultent à la division du peuple Guinéen. En effet, cela constitue un problème majeur et empêche à la Guinée de connaître ‘l’union nationale’. Ce mode de gouvernance qui repose généralement sur la discrimination en faveur de certains groupes ethniques, donne naissance à l’ethnocentrisme et au régionalisme.  C’est Sékou Touré lui-même qui a inventé le ‘Complot Peul » par exemple.  Dès lors, beaucoup de cadres peuls sont arrêtés et enfermés au camp  Boiro. Son régime est marqué par plusieurs complots. Au vu des faits, il est qualifié de « dictateur » et son magistère est considéré comme étant un « régime tortionnaire » car il avait réussi à installer la terreur absolue en Guinée. L’inexistence de contre-pouvoir était une réalité. Et pour faire respecter les libertés, il est d’une importance capitale d’avoir un contre-pouvoir car cela permet de contrôler le parti au pouvoir et d’éviter des dérives. . 

             Ainsi, son magistère est marqué par la dictature, le parti unique et une mainmise sur les institutions pour pouvoir contrôler tout le pouvoir. Après la mort de Sékou Touré, Lansana Beavogui premier ministre, est nommé chef du gouvernement par intérim. Il est renversé par les colonels Lansana Conté et Diarra Traoré le 3 Avril  1984. Ce dernier profite du voyage de Lansana Conté pour tenter un coup mais qui ne réussit pas. Lansana le limoge pour bien sécuriser son pouvoir.

            Curieusement, il continue dans la même lancée que son prédécesseur sous un régime autoritaire.  L’année 1990 est marquée par le projet de réforme constitutionnelle promulgué en 1991, qui ouvre la voie au multipartisme mais il est toujours reproché d’avoir eu une mainmise sur les institutions. Après son accession au pouvoir, il instaure le libéralisme économique. Cependant, la pauvreté, le chômage des jeunes et la frustration des citoyens due à la cherté de la vie engendrent des grèves générales notées entre 2006 et 2007.

            Par ailleurs, les premières élections plurielles ont eu lieu en 1993.  A l’époque, Alpha Condé était l’opposant historique, ce dernier a participé aux élections de 1993 et 1998. Il a combattu les régimes d’Ahmed Sékou Touré et de Lansana Conté. Il est aussitôt surnommé le «  Mandela de la Guinée ». A cet effet, il est le premier president démocratiquement élu et doit offrir une deuxième  alternance démocratique pour pouvoir entrer dans l’histoire. En tous cas, c’est notre conviction en tant que panafricains.

            En Janvier 1991, le comité militaire de redressement national (CMRN), qui était mis en place après l’accession de Lansana Conté au pouvoir,  est dissout  et remplacé par le comité transitoire de redressement Nationale et constitué de civils et de militaires. Ce  comité est considéré comme un moyen qui permettrait à la Guinée d’entrer dans une autre phase. Il était chargé de préparer la nouvelle constitution et l’organisation des élections présidentielle et législatives de 1993.

             Pour rappel, Alpha Condé s’est opposé aux régimes de Sékou Touré et de Lansana Conté. Son régime est marqué  par un climat de tension au sein de la classe politique, il est condamné à mort par contumaces sous Sékou Touré. Sous Lansana Conté, Il est arrêté et condamné à 5 ans de prison ferme et puis gracié en 2008.  Il était en exil en France.  

              Après la mort de Lansana Conté mort en 2008, Le capitaine Moussa Dadis Camara saisit le pouvoir par un coup d’Etat, il s’autoproclame président et promet de rendre le pouvoir aux civils. La junte militaire porte alors le Capitaine Moussa Dadis Camara à la tête du pouvoir. Il est le chef du conseil National pour la défense de la démocratie; il a d’abord bénéficié le soutien de la classe politique mais plus tard, il manifeste un désir de se présenter. Les opposants, les organisations syndicales et les membres de la société  réunis autour du Forum des Forces Vives l’accusent d’avoir voulu se présenter à l’élection présidentielle et décident de manifester contre une éventuelle candidature de sa propre personne.

            Les massacres du 28  Septembre 2009 marquent enfin une page très sombre sous le régime de Moussa Dadis Camara. Les forces de l’armée tirent le feu sur des manifestants constituées des acteurs politiques, des membres de la société civile les membres des organisations et certains protestants  pacifiques contre une éventuelle candidature de Moussa Dadis Camara. Les massacres commis dans le stade de Conakry contre des manifestants pacifiques se soldent par plus de 150 morts, des blessés, des cas de viols sur les femmes.  Moussa Dadis  réfute la responsabilité de ces crimes contre l’humanité. Ainsi, les familles des victimes attendent toujours à ce que justice soit rendue.

            Selon les informations, Il est trahi par son aide de camp, Aboubacar Diakité connu sous le nom de Toumba Diakité, qui a fini par prendre la fuite. Ce dernier est arrêté au Sénégal en 2017 et extradé vers la Guinée.  Dadis Camara se rend au Maroc pour se soigner. Actuellement, il est en exil au Burkina Faso. Le règne du Capitaine Moussa Dadis Camara est une période éphémère (2008-2009) mais tumultueuse. L’histoire de la Guinée est marquée par des violences, des tensions entre acteurs politiques, des massacres, des mutineries, l’injustice, l’impunité, la corruption, la mauvaise gouvernance et, en général, une instabilité  totale qui finit par fragiliser le pays.

             La Guinée a connu sa première élection présidentielle démocratique en 2010. Elle permet aux Guinéens d’aller aux urnes et d’exprimer librement  leurs choix.  En effet, au sortir des résultats du premier tour, Cellou Dalein Diallo and Alpha Diallo sortent favoris.  Le second tour est marqué par un report de l’élection  (à 2 reprises) qui sera finalement remporté par Alpha Condé. Il est à la tête de la Guinée depuis  2010.

Erreur impardonnable?

              La proposition d’apporter une révision de la constitution crée la tension et engendre des manifestations contre un éventuel troisième mandat, jugé irrecevable et anticonstitutionnel. Les réformes constitutionnelles pataugent souvent certains pays dans des situations déplorables qui créent l’instabilité et fragilisent le pays. L’opposition, la société civile et les organisations syndicales  réunies au sein du front national pour la défense de la constitution(FNDC) appellent à manifester contre ce projet de révision de la constitution. Alpha Condé met depuis lors la Guinée dans le clair-obscur.

L’engrenage de la violence

              La violence est une marque de fabrique pour la Guinée. Elle est un pays qui a connu de coups d’Etat, des tentatives de putschs, des massacres et des arrestations arbitraires.  En effet, ces facteurs ont fini par engendrer une  instabilité qui empêche le pays de décoller.  Lors des échéances électorales, on note généralement des manifestations émaillées de violences. En Afrique, les règles du jeu sont souvent à l’origine des affrontements entre pouvoir et opposition. Et l’intervention des forces de l’ordre fait souvent l’objet des actes criminels. A guise d’exemple, on peut citer les massacres du 28 Septembre 2009 au stade de Conakry. Les élections en Guinée sont marquées par des Boycotts et des contestations des résultats.  En Guinée, la répression des forces de l’ordre engendre souvent des pertes humaines et des crimes contre l’humanité. Nous reviendrons plus loin sur ces faits.

                En outre, les présidents sortants sont habitués à apporter des réformes constitutionnelles impopulaires, qui sont souvent à l’origine des manifestations de l’opposition et de la société civile. Beaucoup de présidents, à force de vouloir s’accrocher au pouvoir, introduisent des reformes. Le parti au pouvoir qui détient souvent la majorité à l’Hémicycle fait passer certaines lois. Sous cet angle, on constate une majorité mécanique, qui agit toujours en faveur du parti au pouvoir et non pour l’intéret supérieur de la nation. Les constitutionalistes, qui à leur tour, s’invitent  toujours à soutenir le président sortant dans ses tentatives de s’accrocher au pouvoir.  Ainsi, il est primordial de constater que la justice est souvent instrumentalisée.

              En Afrique, les présidents trouvent souvent des moyens pour s’éterniser au pouvoir. La Guinée a connu le même sort. Elle a traversé des moments troubles qui fragilisent le pays et retardent la croissance de l’économie. Ahmed Sékou Touré,  qui s’est combattu pour l’indépendance instaure un régime dictatorial pour diriger la guinée sans pour autant se soucier de la charte de la bonne gouvernance, l’union nationale et une participation inclusive dans la gestion des affaires publiques.

            De plus, il s’est inscrit dans une logique d’introduire un régime autoritaire afin de contrôler tout le pouvoir.  Son régime est marqué  par la dictature, le parti unique, l’éthnicisation de la vie politique comme on l’a rappelé un peu plus haut. C’est pourquoi il  était en brouille avec l’ethnie peule. Autrement dit, il a fini par mener un bras de fer avec les peuls qui, à ses yeux, apparaissent comme des ennemis et des gens qu’il faut écarter du pouvoir.

Le jeu du double langage

             En politique, on constate toujours deux camps antagonistes : le pouvoir et l’opposition. En effet, un opposant apparait comme un ‘ loup dans la bergerie’. Paradoxalement, beaucoup de gens, une fois au pouvoir, se transforment à de grands dictateurs  tout en croyant que c’est la meilleure façon de conserver leur pouvoir. 

              Sous le régime de Sékou Touré,  les citoyens Guinéens n’ont pas presque connu la liberté d’expression. Le camp Boiro illustre bien l’expression d’un régime autoritaire imposé par Sékou Touré. Ce camp a été le théâtre de pratiques de torture, de meurtres et de fusillades.  Des universitaires, des journalistes, des opposants, certains membres de la société civile des sympathisants sont victimes de ce régime tortionnaire de Sékou Touré. Les Guinéens ont beaucoup souffert sous le régime de Sékou Touré  (de 1958 à 1984).  Sékou Touré  a fait vingt-six ans au pouvoir et il n’a pas eu un concurrent potentiel parce qu’il avait mis en place un système pour éliminer tous ceux qui lorgnait son fauteuil.

            Pire scénario, Lansana Conté  accède au pouvoir par un coup d’Etat  en 1984. Il reste dans la même logique de diriger la Guinée sous un régime autoritaire. A cela s’ajoute la forte mainmise sur les institutions. Il a toujours conservé la majorité des sièges au niveau de l’Assemblée. En plus, il fragilise l’opposition. De ce fait, l’adversaire politique, Alpha Condé, est arrêté et emprisonné. Sous son régime, la mauvaise gouvernance, la pauvreté et la discrimination engendrent la frustration des syndicats, des membres de la société civile et l’opposition. 

           Apres son accession au pouvoir, l’objectif principal de Lansana Conté était, par exemple,  la protection des droits humains. Il libère des prisonniers du Camp Boiro. En 1996, les mutineries sont l’expression de la fragilité de l’Etat Guinéen et des conséquences à haute risques. De militaires insurgées qui réclament une augmentation de salaire et le départ du ministre de la défense.

           Son règne est surtout marqué par les grèves générales qui se soldent par un bilan très lourd.  En vérité, les forces de l’ordre réprimaient les manifestants avec brutalité. Par-delà, ces grèves ont négativement influé sur l’économie du pays. Les organisations syndicales, les coalitions des partis politiques et la société civile ont manifesté contre la mal gouvernance, la corruption et l’abus du pouvoir.  Ainsi  les grèves  générales ont varié entre 2006 et 2007. Elles sont dues à la mal gouvernance et au taux élevé de corruption mais, entre-temps, cela a pris une tournure politique. Les manifestants très frustrés de la gestion des affaires et de l’abus du pouvoir réclament le départ de Lansana Conté. Elles occasionnèrent une paralysie générale.

              En guinée, la brutalité des forces de l’ordre est l’une de leurs marques de fabrique. Ils n’hésitent pas à tirer sur les manifestants. La répression des manifestations entraine souvent des pertes humaines. Dans tous les cas, on constate l’abus d’autorité sous Sékou Touré et de Lansana Conté.  Sous Sékou Touré, on constate des pendaisons publiques, des fusillades, des exécutions et autres formes de tortures. Dans le même d’ordre d’idée, le camp Boiro et le pont du 8 Novembre sont une parfaite illustration.

Quid de la réforme constitutionnelle?

           Il est important de rappeler que la réforme constitutionnelle limite le nombre de mandats à deux et l’âge du candidat à 70 ans. La durée du mandat est de 5ans et il est renouvelable une seule fois. Alpha Condé est toutefois le seul président démocratiquement élu depuis l’indépendance. Cependant, au regard de certains, Alpha Condé propose un projet de réforme constitutionnelle pour  apporter des modifications pour pouvoir briguer un troisième mandat. Cependant, en Guinée la constitution est verrouillée. Ainsi, l’article 27 de la constitution Guinéenne stipule qu’: « en aucun cas, nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels, consécutifs ou non ». Alors, le fait de vouloir apporter une reforme constitutionnelle inquiète certains Guinéens, qui considèrent cela comme ‘ un tripatouillage de la constitution’.

           Sous le régime de Lansana Conté, durant son dernier mandant, il propose un referendum qui consiste  à supprimer la limitation à deux mandats et à allonger la durée de 5 à 7ans. En effet, l’opposition réunie autour du Mouvement contre le referendum et pour l’alternance démocratique (MORAD) appelle au boycott. Le tripatouillage  de la constitution constitue un problème majeur. A l’approche des échéances électorales, les présidents sont habitués à proposer des projets de réforme constitutionnelle à leur faveur, ce qui résulte à des manifestations émaillées de violence.  Alpha Condé, à l’approche de la fin de son dernier mandat, propose un projet de réforme constitutionnelle. L’opposition considère que cela n’est qu’un moyen pour modifier la constitution afin de pouvoir briguer un troisième mandat. En Afrique, le syndrome du troisième mandat plane sur le continent Africain et alimente des débats.  En Guise d’exemples on peut citer la Guinée, le Sénégal et la cote d’ivoire. 

                Les limites de la société civile sont notées face aux régimes dictatoriaux. Car un régime autoritaire use tous les moyens pour réduire l’opposition à sa plus simple expression et met la société civile dans une société inconfortable. Comme d’habitude, des membres de la société civile sont souvent rapprochés d’avoir pris des positions partisanes.

             Néanmoins, il faut admettre qu’il y a actuellement une légère  progression.  Malgré l’interdiction de manifestations, les citoyens sont très déterminés sur le terrain de la contestation, dans l’espoir de dénoncer la mauvaise  gouvernance, quitte même à perdre leurs vies. Naturellement, la constitution permet aux citoyens  le droit de manifestation tout en respectant un ensemble de règles. De cette manière, l’interdiction de manifestation sans raison valable constitue une menace aux citoyens. Car cela  oblige tout simplement les citoyens à descendre dans la rue et prêts à affronter les forces de l’ordre.  L’Etat qui est supposé garantir la sécurité des citoyens crée des situations qui, souvent, exposent  ces derniers  à des  confrontations sanglantes avec les forces de l’ordre.  Ces affrontements résultent à des morts, des blessés, des bavures policières  parmi tant d’autres.  Dans ce cas, la grande responsabilité peut être endossée aux gouvernants, qui  abusent de leur pouvoir. Et alors beaucoup  de manifestations sont interdites sans aucune raison valable. Et cela crée la frustration et  rend les manifestants violents.

            L’ambition du president sortant, en l’occurrence M. Alpha Condé,  d’apporter une réforme constitutionnelle incite, pour ainsi dire logiquement, la population à des manifestations contre un éventuel troisième mandat, jugé anticonstitutionnel. En Guinée, le coordinateur du FNDC, Abdourahmane Sanoh, et d’autres membres sont arrêtés. En effet, l’interdiction des manifestations jusqu’à nouvel ordre est un acte antidémocratique qu’il faudra combattre en Afrique. Ce type de représailles politique ne fait que corser la mauvaise image du pays et viole la liberté d’expression des citoyens de s’indigner contre la confiscation du pouvoir. Dans la foulée, il est primordial de constater que les guinéens sont aussi déterminants que jamais pour exiger le respect de la constitution et ils appellent à faire barrage contre un éventuel troisième mandat d’Alpha Conté.  Même si beaucoup de pays Africains ont connu des périodes troubles à cause du « syndrome du troisième mandat ». Alpha Condé entretient au même moment le flou en déclarant ceci : « je ferai ce que le peuple de Guinée veut ». Avec toutes bévues commises sous son règne, il serait plus responsable de respecter la constitution et d’organiser des élections libres et transparentes pour ne pas sombrer la Guinée dans un bourbier.

             Lors de la manifestation en Octobre 2019,  des membres du FNDC sont arrêtés mais les manifestants sont aussi déterminés que jamais pour  protester contre toute réforme constitutionnelle qui permettrait à Alpha Condé de briguer un troisième mandat. Cela dit, les présidents Africains nous ont habitués à apporter des réformes constitutionnelles. L’interdiction de manifestation et l’arrestation des membres du FNDC n’ont fait qu’envenimer la situation and corse l’image négative du pays.  Il serait  plus sage pour Alpha Condé d’organiser des élections libres et transparentes pour éviter  une période trouble.

La Justice et l’impunité en Guinée

             La justice est le garant de l’équilibre social. La Guinée a connu des coups d’Etat, des tentatives de putschs, des massacres et  beaucoup de dérives.  Sous le régime autoritaire de Sékou Touré, beaucoup d’actes criminels ont été notés. Ainsi pour appuyer cette idée, on peut citer en exemple les pendaisons publiques, les fusillades, et des complots inventés pour des raisons purement politiciennes.  En plus, le camp Boiro est le théâtre de pratique de tortures et des crimes contre l’humanité. Par conséquent, on peut dire que l’impunité règne depuis trop longuement en Guinée.  Etant le maitre suprême, Sékou Toure s’est abusé de son pouvoir jusqu’à commettre des bévues.   Plusieurs arrestations arbitraires ont été constatées.

              Le 28 Septembre 2009, reste une page sombre dans l’histoire de la Guinée. L’opposition, les organisations syndicales se sont constituées autour d’un forum des Forces Vives pour protester contre la candidature du Capitaine Moussa Dadis Camara à l’élection présidentielle de 2010. Les forces de défense et de sécurité et des militaires ont tiré à feu sur de manifestants pacifiques et cela a fait un bilan de plus de 150 morts, des cas de viol, des blessés parmi tant d’autres. Des associations sont mises en place pour réclamer la justice. En Guinée, l’on a assisté à des massacres et des crimes contre l’humanité sans un véritable procès. Cette cicatrice fait mal aux familles des victimes qui continuent à réclamer la justice.  Le long régirne de Sékou Touré est jalonné par de nombreuses accusations, de violations des droits humains et autres crimes contre l’humanité.

              Arrivé au pouvoir par un coup d’Etat,  on reproche  à Lansana Conté d’avoir été responsable des violations massives des droits de l’homme. Lors des manifestations de 2007, des centaines de personnes ont perdu leurs vies. L’intervention des forces de l’ordre en Guinée rime avec des débordements et des actes criminels. Cependant, face à une jeunesse assoiffée de la bonne gouvernance, il est clair que tout est possible.

              La justice est le substrat de tout pays qui se veut sur une voie prospère. Il y a beaucoup de crimes qui sont restés impunis. Pour les massacres commis le 28 Septembre 2009, des personnes sont inculpés parmi lesquelles  figurent le Capitaine Moussa Dadis Camara, son ancien aide de camp Aboubacar Sidiké Diakité et le General Tiegboro Camara.  Ce massacre n’est qu’un crime parmi tant d’autres dans l’histoire de la Guinée depuis l’indépendance.  Sous cet angle, il est très difficile de parler de « réconciliation » dans un pays où beaucoup d’actes criminels restent impunis jusqu’à là.

            La justice est d’une importance capitale pour une bonne organisation dans toute société  et elle constitue un pilier fondamental pour la démocratie. Sous le régime de Sékou Touré, beaucoup de Guinéens composés des acteurs politiques, des membres  de la société civile et des organisations syndicales sont victimes d’un autoritarisme absolu. Ils ont connu des actes de torture au Camp Boiro. Sur cette même lancée, tous ceux qui ne sont pas de son camp sont perçus comme des ennemis et sont victimes e meurtres et de fusillades. L’impunité reste une marque de fabrique en Guinée alors que la justice est la clé voûte de tout Etat de droit. Les transitions politiques en guinéens sont marquées par des coups d’Etat. En plus, les régimes de gouvernance dictatoriale en Afrique sont émaillés de tortures, de fusillades, d’arrestations arbitraires, des otages des acteurs politiques, des bavures de l’armée, parmi tant d’autres.  En guise d’illustration, on peut citer les actes de tortures sous Sékou Touré, les massacres du 28 Septembre 2009 sous le régime du Capitaine Moussa Dadis Camara et parmi tant d’autres.

               La sécurité judiciaire est clairement le substrat de la confiance des citoyens et des investisseurs pour prendre part à la bonne marche du pays. L’ethnocentrisme et la régionalisation constituent des obstacles pour la mise en place de l’union nationale.  Les différents régimes ont une mainmise sur les institutions et dictent leur loi  pour diriger la Guinée. Si la Guinée veut réellement sortir du bourbier, elle doit rendre à la justice la place qui lui est due et de la laisser jouer pleinement son rôle sans aucune pression provenant de l’exécutif. Dans le jeu politique, plusieurs dirigeants manipulent la justice pour dicter leur loi,  et souvent commettent des bévues qui nécessitent des poursuites judiciaires. Cependant, l’impunité reste un facteur fondamental qui contraint certains pays un essor vers le développement.

El hadji Thiam est rédacteur et chroniqueur  d’opinion

Amadou Diop est doctorant en études post coloniales